La sagesse de Platon : pourquoi se méfier des sophistes et des poètes ? - Séances 1 et 2

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Vous êtes-vous déjà posé les questions suivantes ?

  • Avez-vous déjà été convaincu par quelqu'un sans vraiment savoir pourquoi et vous êtes-vous demandé si c'était la force de ses arguments ou simplement la séduction de sa manière de parler qui vous avait emporté ?
  • Face à une image — publicité, film, spectacle, réseau social — vous êtes-vous déjà demandé si elle vous invitait à réfléchir par vous-même ou si, au contraire, elle cherchait à se substituer à la réalité en s'imposant comme seule vérité ?
  • Avez-vous déjà eu le sentiment que certains discours — politiques, médiatiques, ou même dans votre entourage — agissaient davantage sur vos émotions et vos représentations que sur votre raison, et que cela vous rendait difficile de distinguer le vrai du faux ?
  • Quels sont les modèles — héros de fiction, personnages historiques, figures publiques — qui ont forgé votre imaginaire et vos valeurs, et vous êtes-vous déjà demandé si vous les aviez vraiment choisis ou simplement absorbés ?

À propos de ce webinaire

Ces deux séances animées par le philosophe Brice Bersani plongent au cœur de la pensée platonicienne pour en explorer deux grandes critiques : celle des sophistes, ces intellectuels itinérants dont l’art du discours mettait en crise le rapport à la vérité dans la cité athénienne, et celle des poètes, dont la puissance sur les âmes et les imaginaires est bien plus redoutable qu’il n’y paraît. Loin des idées reçues, Platon n’est ni un ennemi de la parole ni un iconoclaste : il cherche à distinguer le discours qui persuade de celui qui instruit, et l’image qui renvoie à son modèle de celle qui prétend le remplacer. Des questions qui résonnent avec une acuité toute particulière dans nos sociétés contemporaines saturées de discours et d’images.

Pourquoi se méfier des sophistes ?

La condamnation des sophistes par Platon est « bien connue ». Seulement, comme tout ce qui est « bien connu », elle est souvent mal connue. En effet, sans une bonne approche historique, nous ne pouvons pas saisir pleinement le sens de la critique platonicienne. Car le sophiste n’est pas seulement un charmeur qui userait des mots, il marque surtout l’avènement d’une nouvelle manière de parler, d’un nouveau rapport au discours et ce nouveau rapport a des conséquences sur la vie de la Cité, mais il nous force aussi à interroger notre rapport au vrai puisque les « sophismes » font apparaître ce rapport comme problématique.

En se ressaisissant du contexte d’apparition de la sophistique antique, nous relirons les textes fondamentaux du corpus platonicien pour répondre aux questions suivantes : qu’est-ce qu’un sophiste ? Comment use-t-il du discours ? En quoi son usage du discours met-il en crise notre rapport au vrai ?

Nous en profiterons pour nous demander en quoi la philosophie platonicienne peut éclairer des enjeux contemporains et nous apprendre à nous méfier de la puissance des discours qui, en agissant sur nos représentations, peuvent être vecteurs d’illusions. Nous opposerons ainsi au modèle monolithique du discoureur, celui du philosophe qui questionne, qui interroge et répond, bref, qui dialogue.

Pourquoi se méfier des poètes ?

Dans plusieurs de ses textes, Platon semble nous inviter à nous méfier des « poètes », de ceux qu’il appelle ainsi, et irait même, dans La République, jusqu’à les exclure de sa Cité idéale. Pourtant, Platon, c’est aussi le philosophe qui cite à de multiples reprises les poètes qui ont fait son éducation (Pindare, Hésiode, Homère, entre autres) et c’est aussi et surtout un fabricant de mythes (le mythe d’Er le pamphylien, l’allégorie de la caverne, le mythe de l’androgyne, le mythe de Theuth…). La « condamnation » par Platon des poètes n’est donc pas si simple.

Pour la comprendre, il faut déjà ressaisir le sens premier du grec poiêtês qui ne désigne pas seulement ce que nous appelons « poète », mais plus largement tous ceux qui produisent des œuvres. Or, c’est le statut de ces œuvres qui est à l’origine de la critique platonicienne car produire une œuvre, c’est produire un être second, un être artificiel qui a l’apparence d’un autre être. Produire une œuvre, c’est produire ce que l’on appelle plus généralement une image. Et c’est bien le statut ontologique de l’image qui est au cœur de la réflexion platonicienne : qu’est-ce qu’une image ? A quel type d’être fait-on référence quand on dit que telle chose est une image ? Et quelle est la puissance propre à ces choses que sont les images ?

Prenons quelques exemples contemporains pour nous convaincre de la pertinence de cette question. Regardons un enfant attiré par les écrans, soyons attentifs aux questions que peut soulever le traitement médiatique de tel ou tel fait d’actualité et à son « effet zoom », ou, encore, pour rendre justice aux faiseurs d’images, au tableau « La trahison des images » de René Magritte. S’il n’est donc pas question de ne plus produire d’œuvres, il semble néanmoins nécessaire de nous interroger sur ce que l’on fait quand on fait une œuvre pour pouvoir en saisir la portée et distinguer ainsi la copie qui nous invite à la dépasser pour atteindre son modèle, du simulacre qui tend à faire oublier son modèle et à se faire passer pour seule réalité.

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Ce rendez-vous s’inscrit dans la continuité des cours de philosophie en ligne proposés par La Maison des Sagesses : des rencontres accessibles, vivantes et exigeantes, pour explorer les grandes questions humaines avec des philosophes et intervenants passionnés.

Durée : 1 h 30 chaque webinaire, soit 3 heures en tout.

Thématiques abordées

VéritéImaginationSophistesDiscoursPoètesImages

Philosophes, notions et références

Une traversée de la pensée platonicienne à travers ses textes fondamentaux — le Protagoras, le Gorgias, La République et les Lois — pour interroger la puissance du discours, le statut ontologique de l'image et la distinction entre simulacre et copie, entre sophistique et philosophie, entre persuasion et vérité.

Brice Bersani, votre enseignant(e)

Brice Bersani, né en 1992, est agrégé de philosophie et enseignant au lycée Stanislas de Wissembourg. Passionné par la pensée contemporaine et la pédagogie, il a enseigné dans divers établissements de l’académie de Nancy-Metz et collaboré avec le CNED. Il mène actuellement un travail de recherche sur la notion de misologie chez Platon. En parallèle, il poursuit ses réflexions philosophiques qui ont donné lieu à des contributions dans des revues telles que Environnement, Risques & Santé et La Revue des Deux Mondes.

Un temps d’échange animé par Aurélie Godefroy

À la fin de chaque cours, pendant une demi-heure, Aurélie Godefroy, journaliste, anime un temps de questions-réponses avec l’enseignant.

Aurélie Godefroy
La sagesse de Platon : pourquoi se méfier des sophistes et des poètes ? - Séances 1 et 2
Par Brice Bersani
19 €

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