Épicure et les épicuriens d’hier et d’aujourd’hui - Séances 1, 2 et 3

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Vous êtes-vous déjà posé les questions suivantes ?

  • Avez-vous déjà remarqué qu'un plaisir que vous désiriez ardemment — un achat, un voyage, une réussite — une fois obtenu, ne vous a pas apporté ce que vous en attendiez, et qu'un nouveau désir avait aussitôt pris sa place ?
  • Lorsque vous cherchez à vous distraire ou à vous agiter, êtes-vous certain que c'est par envie de quelque chose ou plutôt pour fuir quelque chose que vous préféreriez ne pas regarder en face ?
  • Avez-vous déjà fait la différence entre vos désirs vraiment nécessaires — ceux dont l'absence vous fait souffrir — et ceux que la société ou votre entourage vous ont appris à croire indispensables ?
  • Avez-vous dans votre vie quelqu'un à qui vous faites suffisamment confiance pour lui confier ce qui vous pèse vraiment, et vous êtes-vous demandé si cette relation d'amitié profonde n'était pas, finalement, l'une des sources les plus sûres de votre bonheur ?

À propos de ce webinaire

On dit qu’Épicure est le philosophe du plaisir, mais les épicuriens de l’Antiquité grecque ne l’entendaient pas dans le sens des bons vivants d’aujourd’hui. Dans ce cours, consacré à Épicure et aux épicuriens, nous verrons tout ce que la sagesse épicurienne, qui appartient à un monde si éloigné du nôtre, peut nous apprendre. Car la grande question que pose le plaisir est celle de vivre heureux, sans pour autant sombrer dans une quête sans fin. Aimer le plaisir est-il compatible avec la sobriété ? Est-ce qu’il peut être une aide pour réguler nos désirs ? Est-ce qu’il peut nous conduire à l’amour et, par l’amour, à un bonheur partagé ?

Ces trois séances sont animées par Aurélien Robert, directeur de recherche au CNRS et auteur d’Épicure aux enfers (Fayard), qui retrace à la fois la pensée d’Épicure dans sa profondeur et son destin paradoxal dans l’histoire.

Séance 1. Le plaisir contre le malheur

Loin du cliché du jouisseur, Épicure propose une philosophie de la confiance : à quoi peut-on se fier dans un monde instable ? Sa réponse : aux sensations et parmi elles, au plaisir et à la douleur, guides naturels et fiables de l’existence. Sa physique matérialiste, héritée de Démocrite, pose que tout est fait d’atomes et de vide dans un univers infini : l’être humain n’est pas au centre du monde, l’âme meurt avec le corps, et rien ne naît de rien. De cette vision du monde découlent des conséquences éthiques majeures. Tout plaisir est un bien en soi — mais il ne faut pas tous les poursuivre. La raison doit calculer les causes et les effets de nos plaisirs pour éviter que certains n’engendrent plus de souffrance que de joie. Le vrai bonheur consiste à atteindre l’ataraxie — l’absence de trouble dans l’âme — et l’aponie — l’absence de souffrance dans le corps — en se concentrant sur les plaisirs naturels et nécessaires, et en évitant les désirs vains et illimités que la société fabrique sans cesse.

Séance 2. Le plaisir contre la mort

La deuxième séance s’appuie sur Lucrèce, disciple fidèle d’Épicure, dont le poème De rerum natura développe le quadruple remède : ne pas craindre les dieux, ne pas avoir peur de la mort, savoir que le bonheur est facile à atteindre et que la souffrance est facile à supporter. La peur de la mort est la source principale de nos angoisses et de nos désirs illimités — argent, pouvoir, honneurs — qui ne sont que des tentatives d’échapper à notre condition mortelle. Or la mort n’est rien : elle est la fin de toute sensation, donc ni bien ni mal. Lucrèce déploie une série d’arguments pour le montrer : la symétrie entre l’avant et l’après de l’existence, la dissolution de l’identité personnelle, l’égalité de tous devant la mort. La passion amoureuse est également questionnée : source de dépendance et d’angoisse, elle s’oppose à la filia, cette amitié profonde qui constitue pour Épicure le fondement de toute sociabilité heureuse et le bien le plus précieux que la sagesse puisse nous offrir.

Séance 3. Contre, tout contre le plaisir

La troisième séance retrace l’histoire de la réception d’Épicure pour comprendre comment sa pensée a été caricaturée. Dès l’Antiquité, ses adversaires l’accusent à tort d’athéisme et de débauche. Avec l’essor des monothéismes, l’épicurien devient synonyme d’hérétique (en hébreu, le mot apicoros désigne encore aujourd’hui l’hérésie). Pourtant, dans les cercles savants du Moyen Âge, on redécouvre en Épicure une forme d’ascète, presque un moine avant l’heure. La Renaissance et Montaigne, grand lecteur de Lucrèce, participent à sa réhabilitation. Mais le cliché persiste, jusqu’à aujourd’hui où « épicurien » évoque les plaisirs de la table et du confort, valorisé là où il était jadis condamné, mais toujours aussi éloigné de la sobre et joyeuse philosophie de l’original. Peut-on encore être épicurien aujourd’hui ? La question reste ouverte et brûlante.

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Ce rendez-vous s’inscrit dans la continuité des cours de philosophie en ligne proposés par La Maison des Sagesses : des rencontres accessibles, vivantes et exigeantes, pour explorer les grandes questions humaines avec des philosophes et intervenants passionnés.

Durée : 1 h 30 chaque webinaire, soit 4,5 heures en tout.

Thématiques abordées

IdentitéLibertéSouffranceBonheurPlaisirDésirConfianceAtaraxieMortAmitiéAngoisse

Philosophes, notions et références

Une plongée au cœur de l'épicurisme antique — à travers les lettres d'Épicure, le De rerum natura de Lucrèce et les maximes capitales — en dialogue avec Démocrite, Aristote et les traditions monothéistes qui ont forgé le cliché de l'épicurien hédoniste, pour interroger les notions de plaisir, de désir, d'ataraxie, de mort et d'amitié, et retrouver derrière le malentendu une philosophie de la confiance et de la sobriété joyeuse.

Aurélien Robert, votre enseignant(e)

Aurélien Robert, directeur de recherche au CNRS, s’intéresse à la réception des philosophies grecques et romaines (Pythagore, Démocrite, Aristote, Épicure, Lucrèce) au Moyen Âge et à la Renaissance. Il a enseigné la philosophie dans plusieurs universités (Paris 1 Panthéon Sorbonne, Paris Cité, Tours, Nantes…). Son best-seller s’appelle Épicure aux enfers. Hérésie, athéisme et hédonisme au Moyen Âge (Fayard, 2021). Il a aussi publié Le Monde mathématique. Marco Trevisano et la philosophie dans la Venise du Trecento (Cerf, 2023), qui a reçu le prix Augustin-Thierry de l’Académie française en 2024. Il a aussi publié deux ouvrages de philosophie pour le jeune public : Mais qu’est-ce que tu t’imagines ? (Gallimard, 2022) et Se faire plaisir à tout prix (Gallimard, 2024).

Un temps d’échange animé par Aurélie Godefroy

À la fin de chaque cours, pendant une demi-heure, Aurélie Godefroy, journaliste, anime un temps de questions-réponses avec l’enseignant.

Aurélie Godefroy
Épicure et les épicuriens d’hier et d’aujourd’hui - Séances 1, 2 et 3
Par Aurélien Robert
19 €

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