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Vous êtes-vous déjà posé les questions suivantes ?
Nous sommes à l’ère des émotions et la honte occupe à cet égard une place un peu particulière. Elle ne fait pas partie des émotions dites primaires, celles que nous éprouvons spontanément, car il faut certainement un minimum de conscience de soi, du regard des autres, et des normes que la société valorise pour éprouver de la honte. Elle se trouve toutefois au cœur des luttes politiques de notre temps, qui aspirent par exemple à faire en sorte que « la honte change de camp ». Mais la honte nous écrase. Au fond, on a d’ailleurs davantage honte de ce que l’on est que de ce que l’on fait. Que pouvons-nous alors en faire ? Faut-il souhaiter un monde sans honte ou, au contraire, utiliser la honte comme un aiguillon éthique qui nous permette de lutter contre le mal et sa réitération. La honte est-elle d’ailleurs un sentiment moral ? En un mot : que faire de la honte ?
Séance 1. La honte : peur du regard des autres ou haine de soi ?
La première séance convoque Sartre, qui pense la honte non comme une question morale mais comme une révélation ontologique. À travers l’exemple du voyeur surpris en train d’espionner par le trou d’une serrure, Sartre montre que la honte surgit comme un frisson immédiat au moment où le regard d’autrui nous révèle que nous sommes aussi un objet — un être-pour-autrui — et pas seulement une conscience libre. Cette dimension de notre être nous est à la fois fondamentale et inaccessible : nous ne pouvons jamais nous voir comme l’autre nous voit. La honte n’est donc pas la sanction d’une faute, mais la découverte brutale d’une facette de notre existence que nous ne maîtrisons pas.
Séance 2. Une honte qui colle à la peau
La seconde séance explore la dimension collective et politique de la honte à travers la pensée de Günther Anders. Ce philosophe allemand, élève de Husserl et de Heidegger, introduit le concept de honte prométhéenne : la honte que l’être humain éprouve devant les machines qu’il a lui-même créées et qui le dépassent. Anders diagnostique un décalage croissant entre ce que nous sommes capables de faire techniquement et ce que nous sommes capables d’imaginer, de ressentir et d’assumer moralement — décalage dont Hiroshima constitue pour lui l’illustration la plus bouleversante. À partir de là, il développe une conception de la honte comme honte de l’inaction : nous avons honte de ce que nous ne faisons pas face aux catastrophes que nous voyons venir. La honte circule alors entre ceux qui commettent le mal et ceux qui, innocents, acceptent d’en porter le poids. Et c’est, précisément, cette capacité à prendre sur soi la honte des autres qui peut, selon Anders, fonder une communauté morale et politique.
Pour sortir de la honte, Aïda N’Diaye esquisse deux pistes complémentaires : en faire un curseur éthique personnel, un signal des lignes que l’on ne devrait pas franchir ; et la dépasser dans le collectif, par la parole partagée, la lutte et parfois la littérature, qui permet de la sublimer sans nécessairement chercher à la retourner en fierté.
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Ce rendez-vous s’inscrit dans la continuité des cours de philosophie en ligne proposés par La Maison des Sagesses : des rencontres accessibles, vivantes et exigeantes, pour explorer les grandes questions humaines avec des philosophes et intervenants passionnés.
Durée : 1 h 30 chaque webinaire, soit 3 heures en tout.
Une réflexion ancrée dans la philosophie existentielle de Sartre et la pensée critique de Günther Anders, enrichie par Bourdieu, Primo Levi, Fanon, Annie Ernaux et Judith Butler, qui explore les notions de regard, de facticité, de honte prométhéenne et de responsabilité collective, jusqu'à la question de savoir si la honte peut devenir un levier politique et éthique.
Normalienne et agrégée de philosophie, Aïda N’Diaye est l’auteure de nombreux ouvrages de philosophie dont Toute vérité est-elle bonne à dire ? (L’opportun, 2012), Qu’est-ce qui fait mon genre ? et Ai-je vraiment du mérite ? (Gallimard Jeunesse, 2022). Elle contribue régulièrement à Philosophie Magazine et à Jeune Afrique. Elle est aussi chroniqueuse sur France Inter et productrice de plusieurs séries d’émissions sur France Culture (notamment « Avec Philosophie » et « Avoir raison avec… »).
À la fin de chaque cours, pendant une demi-heure, Aurélie Godefroy, journaliste, anime un temps de questions-réponses avec l’enseignant.
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