Montaigne et la sagesse du corps - Séances 1 et 2

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Vous êtes-vous déjà posé les questions suivantes ?

  • Avez-vous déjà traversé une maladie ou une douleur physique qui, au lieu de vous replier sur vous-même, vous a appris quelque chose d'essentiel sur ce que vous êtes vraiment ?
  • Votre corps vous a-t-il déjà désobéi — résistant là où vous l'attendiez docile, ou vous lâchant là où vous en aviez le plus besoin — et vous êtes-vous demandé ce que cela dit du rapport entre votre esprit et votre corps ?
  • Faites-vous partie de ceux qui pensent à la mort régulièrement, ou au contraire de ceux qui l'évitent soigneusement  ? Et dans un cas comme dans l'autre, êtes-vous certain que cette attitude vous aide vraiment à vivre mieux ?
  • Y a-t-il des aspects de vous-même — vos faiblesses, vos désirs, vos limites physiques — que vous avez du mal à regarder en face, et vous êtes-vous demandé ce que vous perdez à les tenir cachés, même à vous-même ?

À propos de ce webinaire

On dit que la pensée « occidentale » aurait oublié le corps. C’est surtout oublier Montaigne, qui a su penser et nous parler du corps, à commencer par le sien. Le corps est chez lui le terrain d’expériences vécues, de mises à l’épreuve ou d’« essais » de soi-même. Se peignant « tout nu » dans son œuvre, Montaigne a cherché à comprendre le corps jusque dans ses dérèglements : pourquoi notre corps – notamment notre corps désirant – ne nous obéit-il pas toujours ? Que nous apprend l’expérience de la maladie et de la douleur ? Que sont ces états de demi-conscience que nous connaissons dans l’évanouissement, l’endormissement ou la jouissance ? En faisant l’essai de soi-même à travers l’expérience du corps, il parvient à définir une forme de sagesse conçue comme santé. Or cette santé n’est pas du tout associée au repos ou à l’absence de trouble, comme on pourrait s’y attendre : nous verrons au contraire qu’il s’agit d’une sagesse du corps en mouvement, une sagesse pratiquement « antiphilosophique ».

Séance 1. Dire le corps : pudeur et impudeur de Montaigne

Dès l’Avis au lecteur, Montaigne annonce vouloir se peindre « tout entier et tout nu ». Ce projet passe par une réflexion originale sur la pudeur, notion éminemment paradoxale : en cachant, elle désigne ce qu’elle prétend voiler. Montaigne retrace ce paradoxe depuis la poésie latine d’Ovide jusqu’à saint Augustin, dont il subvertit la lecture théologique : la pudeur n’est pas une conséquence du péché originel, mais une convention sociale, un artifice, et paradoxalement la condition même qui rend le désir possible.

Dans les Essais, Montaigne franchit le pas : il nomme les choses crûment, évoque toutes les formes de sexualité, plaide la cause du membre viril dans un célèbre morceau de rhétorique philosophique. Ce franc-parler n’est pas provocation, c’est une éthique du discours, un refus du mensonge. Corps et esprit sont chez lui intimement « cousus » : quand je danse, je danse, quand je dors, je dors. Ni culte ni mépris du corps, mais règlement réciproque de l’âme et de la chair.

Séance 2. Le corps malade, douloureux, mourant

Montaigne souffre toute sa vie de calculs rénaux. Loin d’en faire une épreuve héroïque, il y voit un essai de soi : la maladie teste le jugement et devient source de savoir. De là naît son concept original de santé, non pas équilibre ni silence des organes, mais énergie expansive, joie, aptitude à accueillir la diversité, et sa critique sévère des médecins, qui généralisent là où il faudrait rester attaché au particulier, et rendent la santé malade.

Sur la vieillesse, il refuse l’idée reçue qu’elle rendrait sage : assagi, je ne le suis certes pas d’un pouce. Elle l’intéresse comme mort ralentie — peu à peu, de degré en degré — une préparation discrète à l’inéluctable. Sur la mort enfin, Montaigne rompt avec la tradition stoïcienne et chrétienne : ni constance héroïque, ni préparation à l’au-delà. La mort est dans l’ordre naturel, elle peut nous surprendre n’importe où — je veux que la mort me trouve plantant mes choux. Une chute de cheval qui l’a laissé inconscient lui a révélé non pas une lutte de l’âme, mais une douceur, un abandon sans douleur. Mourir, c’est se laisser conduire par la nature, avec cette nonchalance qui caractérise toute sa philosophie.

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Ce rendez-vous s’inscrit dans la continuité des cours de philosophie en ligne proposés par La Maison des Sagesses : des rencontres accessibles, vivantes et exigeantes, pour explorer les grandes questions humaines avec des philosophes et intervenants passionnés.

Durée : 1 h 30 chaque webinaire, soit 3 heures en tout.

Thématiques abordées

LibertéDésirMaladieCorpsMortSexualitéSantéDouleurVieillesseNaturePudeurImpudeur

Philosophes, notions et références

Une plongée au cœur des Essais de Montaigne — en dialogue avec Ovide, saint Augustin, les stoïciens et Lucrèce — pour interroger les notions de pudeur, d'impudeur, de santé, de maladie et de mort, et comprendre pourquoi cette philosophie du corps incarné, nonchalante et antihéroïque, constitue une des ruptures les plus originales de toute la tradition philosophique.

Juliette Morice, votre enseignant(e)

Juliette Morice, agrégée et docteure en philosophie, est maîtresse de conférences à l’Université du Mans. Ses recherches ont fait d’elle une spécialiste de la culture de l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle). Ses enseignements et ses recherches croisent différents domaines du savoir : littérature et philosophie, sciences et poésie, ou encore médecine et métaphysique. Cela lui permet de mettre l’accent sur la multiplicité des enjeux de la philosophie et de nos différentes manières de vivre. Son essai intitulé Renoncer aux voyages. Une enquête philosophique est l’un de ses grands succès en librairie (PUF, 2024).

Un temps d’échange animé par Aurélie Godefroy

À la fin de chaque cours, pendant une demi-heure, Aurélie Godefroy, journaliste, anime un temps de questions-réponses avec l’enseignant.

Aurélie Godefroy
Montaigne et la sagesse du corps - Séances 1 et 2
Par Juliette Morice
19 €

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