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Séance 2. L’imaginaire, les émotions et la société
Si l’imagination nous éloigne parfois de la vie quotidienne, elle permet aussi de vivre des émotions par procuration, notamment à travers les œuvres de fiction. Ainsi, imaginer est une activité structurante dans la gestion de nos relations humaines. Avec Stendhal, on se demandera, par exemple, s’il est possible d’aimer sans imaginer ? Parfois le pouvoir de l’imagination échappe à notre contrôle, comme le décrit très bien Montaigne dans ses Essais. Peut-on échapper au pouvoir de l’imagination ? Plus encore, l’ordre social ne repose-t-il pas sur le pouvoir de l’imagination et sur un imaginaire relayé par des symboles ? C’est autour de ces trois grandes dimensions que s’est articulée cette séance.
L’imagination et le désir. Nos désirs, bien qu’ils portent en définitive sur des objets ou des expériences réels, sont le plus souvent médiatisés par des images — visuelles ou sensorielles — qui ne reflètent pas fidèlement la réalité. La publicité exploite ce mécanisme pour façonner nos désirs collectifs, tandis que l’imagination personnelle consiste plutôt à projeter nos propres fantasmes sur des objets et des personnes. Dans les deux cas, c’est l’image qui précède et oriente le désir. Montaigne, dans ses Essais, illustre bien cette emprise : l’imagination peut s’imposer à nous avec une force telle qu’elle échappe à tout contrôle rationnel.
L’imagination et l’amour. Cette médiation de l’image soulève une question plus profonde sur la nature de l’amour : aimons-nous vraiment les individus pour leur essence propre, ou pour des qualités transitoires susceptibles d’évoluer avec le temps ? Pascal, avec son texte sur la nature du moi, invite à douter que l’on puisse aimer un être pour ce qu’il est véritablement. Stendhal prolonge cette réflexion en montrant que l’amour est inséparable d’un travail d’idéalisation — voire de cristallisation — opéré par l’imagination. Aimer, ce serait alors toujours, en partie, imaginer.
L’imagination et le pouvoir politique. Au-delà des relations personnelles, c’est l’ordre social lui-même qui repose sur des imaginaires partagés et des symboles collectifs. En s’appuyant sur Pascal et Rousseau, Aurélien Robert a montré comment l’imagination peut être instrumentalisée pour asseoir un pouvoir politique. Mais elle peut aussi devenir un outil d’émancipation : la fiction et les utopies offrent des espaces de résistance, permettant de remettre en question les dynamiques de pouvoir existantes et d’envisager des imaginaires alternatifs.
Ce rendez-vous s’inscrit dans la continuité des cours de philosophie en ligne proposés par La Maison des Sagesses : des rencontres accessibles, vivantes et exigeantes, pour explorer les grandes questions humaines avec des philosophes et intervenants passionnés.
Durée : 1 h 30.
Une réflexion nourrie par Montaigne, Pascal, Rousseau et Stendhal, qui nous invite à interroger la part d'imaginaire qui se cache derrière nos désirs, nos sentiments amoureux et nos croyances collectives.
Aurélien Robert, directeur de recherche au CNRS, s’intéresse à la réception des philosophies grecques et romaines (Pythagore, Démocrite, Aristote, Épicure, Lucrèce) au Moyen Âge et à la Renaissance. Il a enseigné la philosophie dans plusieurs universités (Paris 1 Panthéon Sorbonne, Paris Cité, Tours, Nantes…). Son best-seller s’appelle Épicure aux enfers. Hérésie, athéisme et hédonisme au Moyen Âge (Fayard, 2021). Il a aussi publié Le Monde mathématique. Marco Trevisano et la philosophie dans la Venise du Trecento (Cerf, 2023), qui a reçu le prix Augustin-Thierry de l’Académie française en 2024. Il a aussi publié deux ouvrages de philosophie pour le jeune public : Mais qu’est-ce que tu t’imagines ? (Gallimard, 2022) et Se faire plaisir à tout prix (Gallimard, 2024).
À la fin de chaque cours, pendant une demi-heure, Aurélie Godefroy, journaliste, anime un temps de questions-réponses avec l’enseignant.
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