La folle sagesse de Diderot - Séances 1 et 2

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Vous êtes-vous déjà posé les questions suivantes ?

  • Avez-vous déjà eu le sentiment que votre corps — votre santé, votre fatigue, votre faim, votre âge — influençait profondément la façon dont vous pensiez, jugiez ou ressentiez les choses, au point de vous demander si vos convictions les plus profondes vous appartiennent vraiment ?
  • Y a-t-il dans votre vie une situation où vous avez éprouvé le sentiment de votre liberté non pas dans l'absence de contrainte, mais précisément au moment où quelqu'un cherchait à vous l'ôter ?
  • Avez-vous déjà ressenti cette contradiction que décrit Diderot : être convaincu par un raisonnement que votre esprit ne peut réfuter, tout en sentant que votre cœur le dément à chaque instant ?
  • Face à ce qui vous semble injuste ou impossible à changer, êtes-vous plutôt du côté de la résignation, de la révolte, ou cherchez-vous, comme Diderot, une troisième voie qui ne soit ni l'une ni l'autre ?

À propos de ce webinaire

Lorsque Diderot réfléchit sur l’ordre des choses, il se voit entraîné à conclure que le monde est gouverné par la nécessité, de sorte que notre espèce n’a pas de place privilégiée dans l’univers, le sens de notre vie est incertain, et notre liberté et notre volonté semblent réduites à rien. Mais il ressent aussi les aléas de nos existences, et le sentiment de la dignité humaine. La question devient alors de savoir comment être sages sans être ni résignés aux choses comme elles sont, ni trompés par la croyance entre notre puissance. Il propose une voie originale : donner à la sagesse l’air de la folie.

Ces deux séances nous plongent dans la pensée foisonnante de Diderot, auteur de l’Encyclopédie, romancier libertin, critique d’art, philosophe matérialiste, à travers deux de ses textes les plus audacieux.

Séance 1. Les mondes imaginaires

Dans la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient, Diderot nous fait entrer dans un monde nouveau, fait de matière, d’imagination, où notre liberté et notre volonté semblent réduites à rien, tout comme la possibilité que notre vie ait un sens et que notre espèce ait une place dans l’univers.

Pour mener cette enquête, Diderot s’appuie sur le personnage du mathématicien aveugle Sanderson et sur ses rencontres avec de vraies personnes aveugles, dont la jeune musicienne Mélanie de Salignac. Son projet est celui d’une « anatomie métaphysique » : si l’on pense avec son corps, alors un corps aveugle ne pense pas comme un corps voyant. La question devient : les aveugles ont-ils la même idée du beau, du vrai, du bien que nous ? Leurs jugements esthétiques, moraux et scientifiques sont-ils identiques aux nôtres ?

Ce faisant, Diderot déstabilise les grandes certitudes du siècle. L’expérience sensorielle n’est pas universelle : elle varie selon les corps et leur histoire. Notre morale elle-même est relative à nos sens ; ce qui ouvre le vertige d’une morale encore plus affinée chez un être doté de six sens ou de sept. Surtout, Sanderson propose une vision du monde à l’échelle géologique, une imagination non-figurative qui nous projette là où nos yeux ne nous sont d’aucun secours : aux origines de la vie, à la disparition des espèces, à la formation du monde.

Séance 2. Sagesse et folie

Dans cette séance, on développe cette phrase que Diderot envoie à Sophie Volland : « Il faut souvent donner à la sagesse l’air de la folie afin de lui procurer ses entrées. » Diderot est tiraillé entre une philosophie que son esprit ne peut s’empêcher d’approuver — le monde est nécessité, la liberté est un mot vide de sens, nous n’avons pas d’âme immortelle — et une philosophie que son cœur dément à chaque instant : il aime, il se révolte, il fait des œuvres, il aspire à la justice. Comment vivre au sein de ce paradoxe sans le nier ?

Sa réponse passe par les fictions. Le Supplément au voyage de Bougainville montre qu’il ne faut pas attacher des idées morales à des actions qui n’en contiennent pas, et que d’autres formes de vie amoureuse, familiale et sociale sont possibles. La Religieuse met en scène la révolte de Suzanne Simonin contre l’enfermement forcé : c’est précisément quand on nous prive de liberté que nous en éprouvons le sentiment le plus vif, et c’est sur cette révolte que se fonde toute résistance légitime au despotisme. Jacques le Fataliste explore la lutte des déterminations entre elles, montrant que l’absence de liberté n’est pas le fatalisme.

L’hypothèse de la matière sensible permet enfin à Diderot d’ouvrir vers le possible : si les molécules sont sensibles dans leurs différentes compositions, alors rien n’est fermé. Et c’est cette ouverture qui autorise, dans une lettre à Sophie Volland, un rêve d’éternité matérielle, celui de deux amants enterrés côte à côte dont les cendres finissent par se mêler et s’unir.

Il n’y a qu’une vertu, dit Diderot : la justice. Qu’un devoir : se rendre heureux. Et pour transmettre cette sagesse-là, il faut lui donner l’air de la folie.

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Ce rendez-vous s’inscrit dans la continuité des cours de philosophie en ligne proposés par La Maison des Sagesses : des rencontres accessibles, vivantes et exigeantes, pour explorer les grandes questions humaines avec des philosophes et intervenants passionnés.

Durée : 1 h 30 chaque webinaire, soit 3 heures en tout.

Thématiques abordées

LibertéDéterminismeAmeImaginationMatièreVolontéCorpsAthéismeRelativisme moralCondition des femmes

Philosophes, notions et références

Une plongée dans la pensée paradoxale et foisonnante de Diderot, de la Lettre sur les aveugles au rêve de d'Alembert en passant par la Religieuse et Jacques le Fataliste, qui mobilise Locke, Condillac, Newton et Spinoza autour des notions de matière sensible, de déterminisme, de liberté, de despotisme et de justice, pour explorer ce que signifie être sage dans un monde sans âme, sans liberté et sans ordre providentiel.

Sophie Audidière, votre enseignant(e)

Sophie Audidière est maîtresse de conférences à l’Université de Bourgogne ; elle enseigne et pratique la philosophie avec passion auprès d’étudiantes et étudiants qui se destinent aux métiers de l’éducation, de la formation et de la culture, philosophes ou non, débutants ou avancés. Elle est spécialiste de la philosophie française du XVIIIe siècle et du matérialisme des Lumières, de Fontenelle à la Révolution. Directrice de la revue Dix-Huitième Siècle, elle aime le compagnonnage des livres parfois exigeants qui la font voyager vers des sentiments nouveaux et des idées déroutantes.

Un temps d’échange animé par Aurélie Godefroy

À la fin de chaque cours, pendant une demi-heure, Aurélie Godefroy, journaliste, anime un temps de questions-réponses avec l’enseignant.

Aurélie Godefroy
La folle sagesse de Diderot - Séances 1 et 2
Par Sophie Audidière
19 €

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